Les espagnols et la Résistance à Lorient
Roque CARRION, Commandant FTP
En janvier 1942, venant de Brest, un convoi de Républicains Espagnols, internés en France puis contraints à travailler pour les allemands, arrive à Lorient. Ils sont logés dans des baraques montées sur l’ancien polygone du IIème Régiment d’Artillerie Coloniale, où se trouvent déjà au moins dix mille travailleurs étrangers amenés pour travailler à la construction de la base de sous-marins.
Parmi ces travailleurs espagnols se trouvent Ramon GARRIDO, qui sera plus connu sous le pseudonyme Léon CARRERO, membre du mouvement de Résistance "Front National" depuis le début de 1941, et qui fut à l’origine de la formation des premiers "Groupes d’Action" dans la région brestoise, et de nombreux anciens de l’armée républicaine espagnole qui s’engagèrent dans la Résistance française pour chasser l’occupant nazi.
Il retrouve son camarade Juan SANCHEZ CASTILLO qui appartient lui aussi au Front National, entre en contact avec les responsables pour la région lorientaise, Georges LE SANT, domicilié près du Polygone, Albert LE BAIL, Jean Louis PRIMAS, ancien combattant des Brigades Internationales en Espagne.
L’action contre l’occupant se renforce par la formation de groupes de sabotage qui deviendront les groupes FTPF de la région lorientaise et s'étendront bien vite dans le Morbihan et le sud du Finistère. Nous sommes alors à la fin du mois de février 1942, plus d’une vingtaine de "Groupes d’Action" sont constitués. Ils ont pour responsables quelques jeunes lorientais qui ont combattu pendant la guerre 1939-1940 et surtout des étrangers ayant combattu pendant la guerre d’Espagne. A partir du 15 mars 1942, les actions contre l’occupant se multiplieront à une cadence rapide. Les sources d’énergie électrique sont surtout visées; plus de dix transformateurs et échangeurs sont mis hors de service en ce 15 mars 1942. Presque toutes les nuits par la suite, il y a eu des actions contre les occupants.
Les milieux de la collaboration dépêchèrent à Lorient le Service de Police Anti-Communiste, connu sous ses initiales SPAC. Au début du mois de juillet 1942, les arrestations de dix huit membres responsables du Front National, parmi lesquels quelques républicains espagnols, n’empêchèrent pas les actions contre l’occupant de continuer.
GARRIDO, qui avait un domicile 73 rue Ratier à Lorient, fut obligé de fuir après l’arrestation de son camarade Ignacio PORTILLO à son logis; la police avait cru avoir affaire au locataire du logement recherché pour son action résistante. GARRIDO quitta Lorient pour Rennes d’où il continua le contrôle des résistants espagnols des départements bretons dont les effectifs approchaient alors de 450.
Il fut arrêté à Paris le 30 novembre 1942, jugé par un Tribunal Spécial, condamné à deux ans de prison, transféré à la Centrale d’EYSSES le 17 décembre 1943, il fut déporté à Dachau et libéré le 1er juin 1945. Son camarade PORTILLO est mort en déportation.
Témoignage de Roque CARRION, pseudo ICARE, commandant du 2eme bataillon FTP de Lorient