Ramon GARRIDO VIDAL dit Léon CARRERO MESTRE

 
Le 24 mai 1915 : naissance de Ramon GARRIDO à El Grove, petit port de Galice (Espagne)

Passionné d’aviation, il passe le concours pour être pilote d’hydravions de la Marine de Guerre espagnole (Ecole de Barcelone). Mais, faute de crédit, l’école fut fermée à cette époque. 

Le 18 juillet 1936, éclate le soulèvement franquiste. Avec les 700 jeunes de son village, il part, pour s’opposer à la rébellion militaire, vers Pontevedra, capitale de la province. Accompagné d’un capitaine des gardes d’assaut resté fidèle à la République, il est reçu par le Gouverneur Civil. Celui-ci, prétextant l’absence d’instructions du gouvernement central de Madrid, refuse de leur distribuer des armes. Dès lors, la voie était ouverte aux factieux pour prendre le contrôle de la ville en ouvrant le feu sur les jeunes restés désarmés. Ce fut le retour vers le village pour y mener dès lors une vie de fugitif en évitant les « paseos » des phalangistes. Les « paseos », littéralement les promenades, étaient organisés la nuit par des commandos masqués de franquistes puissamment armés. La mort de «l’invité» concluait cette promenade.

Mobilisé en septembre 1936, il échappe ainsi aux pistoleros, en étant affecté au 102eme Bataillon de la 105eme Division du corps d’armée marocain. Son unité fut maintenue en réserve jusqu’en octobre 1937 pour être engagée sur le front de Jaulin (Zaragosse). Ramon GARRIDO en profite alors pour déserter avec de nombreux jeunes conscrits et passer dans le camp républicain.

Il rejoint alors un régiment d’infanterie de marine, basé à Carthagène, et commandé par le Colonel Diego BAEZA. Puis, il fut affecté, avec un groupe de galiciens et d’asturiens, à la 151eme Brigade Mixte (lieutenant-colonel Basilio FUENTES SERNA, commissaire politique : Juan Antonio TURIEL FURONES qui sera plus tard emprisonné à Eysses et déporté à Dachau). 

Durant l’hiver 1937/1938, Ramon GARRIDO participe à la bataille de Teruel dans le secteur de la Sierra Palomera. Il y fut élu comme délégué de compagnie. Son unité s’étant retrouvée encerclée par les troupes franquistes, il s’échappe à la tête d’une cinquantaine de volontaires décidés à rompre l’encerclement.

Puis, il rejoint la caserne Lénine située rue de Tarragone. Il est alors nommé commissaire politique de compagnie. Son unité est affectée à la défense des côtes catalanes entre Castellon de Ampurias et Llansa (Gerona)

Ensuite, il participe à la Bataille de l’Ebre entre La Cava et la mer. Son bataillon est alors rattaché à la 14eme Brigade Internationale commandée par Marcel SAGNIER. Sur les 5 commissaires du bataillon, 3 sont tués lors des combats. Il ne reste que Ramon GARRIDO VIDAL et Ramon MARTINEZ MAS. 

En février 1939, Ramon GARRIDO franchit la frontière pour être aussitôt désarmé et interné dans le camp de concentration d’Argelès. 

En juin 1939, il est transféré à Barcarès où il est responsable clandestin de 4 baraques de prisonniers. 

Le 1er janvier 1940, il part avec la 211eme Compagnie de Travailleurs Etrangers (CTE) à St Médard en Jalles. Il est alors responsable clandestin de la compagnie. Miguel Angel SANZ (ultérieurement chef de Division du XIV Corps des Guérilleros espagnols) est l’adjoint à l’officier français commandant la CTE.

En juin 1940, la 211eme CTE repart à Argelès. Ramon GARRIDO, toujours responsable clandestin de la compagnie, devient membre de la Commission d’information du camp.

En janvier 1941, la 211eme CTE est envoyé à Elne pour combattre les dégâts d’une inondation. Outre sa compagnie, la responsabilité de Ramon GARRIDO s’étend à une dizaine d’autres CTE des environs. 

Le 30 juillet 1941, la Compagnie est livrée aux allemands par les gendarmes français et se retrouve internée au camp de St Pierre à Brest pour travailler dans la base de sous-marins (organisation Todt). Pour Ramon GARRIDO, ce fut l’une des tâches les plus dures qu’il eut à connaître : décharger au dos la cale d’un bateau rempli de sacs de ciment sous les bombardements de l’aviation anglaise. D’autres travaux se déroulaient sur de très hauts échafaudages ou dans des tunnels sous-marins. De nombreux espagnols furent tués. Ramon GARRIDO devient rapidement le responsable clandestin du camp. Il organise aussi les premiers groupes armés espagnols de Brest et assure la diffusion de tracts dans la population ainsi que parmi les occupants (tracts en langue allemande).

En janvier 1942, il reçoit l’ordre de la Direction du PCE de s’évader et de rejoindre Lorient avec pour mission de prendre la responsabilité du travail politique parmi les espagnols de cette ville chargés des travaux dans la base de sous-marins. Ce qu’il fait, après avoir coupé les barbelés du camp, il rejoint Lorient à pied, sans argent ni papiers. Il reste responsable de Brest ; les 2 villes appartenant au secteur 3 de l’organisation espagnole.

A Lorient, Ramon GARRIDO demeure au 73, rue Ratier, avec Inigo PORTILLO PASTHEUROS, fusillé dans les derniers jours de l’Occupation (ou en 1943 ?). Il y organise les premiers groupes de combat et de sabotage avec Juan SANCHEZ CASTILLO, Maurice THEUILLON, Georges LE SANT (Buchenwald), Albert Le BAIL (Mauthausen), Jean Louis PRIMAS, ancien combattant des Brigades internationales, fusillé le 7 septembre 1943 à Fresnes, et Roque CARRION MARTINEZ, futur chef du 2eme bataillon FTP de Lorient, puis du 11eme Bataillon FFI. 

A la fin du mois de février 1942, plus d’une vingtaine de "Groupes d’Action" sont constitués. Ils ont pour responsables quelques jeunes lorientais qui ont combattu pendant la guerre 1939-1940 et des étrangers ayant combattu pendant la guerre d’Espagne. A partir du 15 mars 1942, les actions contre l’occupant se multiplieront à une cadence rapide. Les sources d’énergie électrique sont surtout visées; plus de dix transformateurs et répartiteurs sont ainsi mis hors de service en ce 15 mars 1942.

Au début du mois de juillet 1942, le SPAC (Service de Police Anti-Communiste) arrête dix huit responsables du Front National. Ces actions de la police française ont été épaulées par le Aussen Kommando allemand.

Le 17 juillet 1942, Ramon GARRIDO s’enfuit de Lorient pour se réfugier à Rennes (20, rue Lobineau - au 32 de cette même rue, vivait Francisco GARZON TRABERO, autre résistant espagnol) en changeant son identité en Léon CARRERO MESTRE (en hommage à sa grand’mère maternelle Léonore CARRERO MESTRE). Il devient alors permanent et membre du Comité Régional de Bretagne. Il était plus précisément responsable des 450 Résistants espagnols des départements du Finistère, des Côtes du Nord, du Morbihan, de la Sarthe et de la Loire Inférieure, avec le grade de capitaine FTPF.

Le 30 novembre 1942, à 10 heures, Ramon GARRIDO, accompagné de Rafaël SALAZAR dit LABORDA, venant d’Orléans et responsable régional, a rendez-vous avec Francisco PERRAMON DUCASI, ancien responsable du Sud-Ouest, l’un des principaux responsables de la Résistance espagnole de la Zone Occupée. Ce rendez-vous se tient dans un café à l’angle de la rue de la Gaité et du Bd Edgar Quinet. Or, Francisco PERRAMON et Rafaël SALAZAR étaient déjà suivis, depuis quelques temps déjà, par des inspecteurs de la 3eme Section des Renseignements Généraux. Après le rendez-vous, Ramon GARRIDO, toujours accompagné de Rafaël SALAZAR, s’est dirigé à pied vers la place d’Italie. Ils ont été arrêtés près d’une bouche de Métro par les agents des RG craignant de ne pouvoir continuer à les suivre. Il semble que ce même jour, en cette même place d’Italie, un autre rendez-vous était prévu avec Louis de la Direction des FTP-MOI. 

La véritable identité de Ramon GARRIDO, ainsi que ses responsabilités en Bretagne, n’ont jamais été découvertes par la Police ; aucun de ses camarades n’ayant parlé.

Cette rafle du 30 novembre fut, en 1942, la seconde de par son importance numérique après celle du mois de Juin. Ce jour là, 40 inspecteurs procédèrent à 28 arrestations et incarcérations. José MIRET MUST (Mauthausen), ancien Secrétaire d’Etat de la Generalitat de Catalogne, et dirigeant de la Résistance en Zone Occupée figure parmi les détenus. La plupart des militants arrêtés étaient des cadres en charge de la propagande et de la lutte armée. 

Le 4 décembre 1942, Ramon GARRIDO est transféré au Dépôt (3, quai de l’Horloge). Il y retrouve Luis MONTERO, chef du détachement des FTP-MOI espagnols de la région parisienne, déporté ensuite à Mauthausen.

Le 15 décembre 1942, il est incarcéré à la Santé (n°: 2-83 et n : 13-50) où il fut responsable clandestin des espagnols de la 13eme Division. 

Du 2 au 11 décembre 1943, il est jugé par la Section Spéciale du Tribunal de Paris, avec 53 républicains espagnols dont beaucoup étaient originaires de la région de Nantes-St Nazaire. 

Il fut condamné à 2 ans de prison et à 1.200 F d’amende pour « activités communistes ».

Le 18 décembre 1943, il arrive à la Centrale d’Eysses avec Louis MARASSE dit Pedro, Rafaël SALAZAR dit LABORDA, Joaquin BARRIO dit Ricardo DIAZ, Jaime SEROT, Antonio PEREZ, Antonio RODRIGUEZ, Victor TERRIZA, José TURON, Enrique RASO, Roméro PARRA, Juan MARTIN, Julio MARBA PLANAS, Celso DIAZ, Manuel CABALLERO, Vicente LASO, Batista LOPEZ et Pedro CERRADA.

A Eysses (matricule 2.753), il fit partie, avec Miguel PORTOLES et Angel HUERGA FIERRO, du noyau tenu en réserve au cas où le triangle de direction (Juan Antonio TURRIEL, Félix LLANOS et Miguel PORTOLES) viendrait à être découvert.

Le 19 février 1944 : échec de l’insurrection des 1.200 Résistants détenus dans la Centrale d’Eysses en vue de rejoindre les maquis de la région. En représailles, 12 résistants sont fusillés.

Le 30 mai 1944, transfert par des SS de la Division Das Reich, au camp de Compiègne. Dans ce camp de transit, il y eu divergence d’analyse entre les directions clandestines française et espagnole sur l’opportunité de conserver leurs organisations respectives. La position espagnole, maintien de l’organisation en déportation avec tous les risques que cela supposait, prévalut.

Le 18 juin 1944, départ vers Dachau où le convoi arriva le 20 juin. Matricule : 73.229. 

Le 14 juillet 1944, transfert au Kommando de Landsberg. Travaux de terrassement de pistes pour la mise au point des premiers avions à réaction de l’armée allemande. Membre de la direction clandestine du Kommando.

Le 25 avril 1945, évacuation de Landsberg, et départ à pied, à partir de 17 h, en direction de Dachau (un millier de détenus).

Le 26 avril, bifurcation vers Allach, le camp principal étant complet.

Le 27 avril, arrivée à Allach, le matin, après avoir parcouru 70 Km en une journée et demie. Accueil par une cinquantaine d’espagnols de ce Kommando. Responsable politique : Miguel PORTOLES. Ramon GARRIDO devait se tenir prêt, avec un groupe d’espagnols, à lancer un assaut (désespéré) contre l’un des miradors du camp pour le cas où les SS auraient voulu procéder à la destruction du camp et à l’extermination des détenus. 

Le 28 avril 1945, brusque disparition des gardes SS. Désignation d’un Comité International. 

Le 30 avril, arrivée des premiers américains.

Le 30 mai 1945, retour en France de Ramon GARRIDO, présumé être de nationalité française pour faciliter ce retour. Il abandonne définitivement sa fausse identité (Leon CARRERO MESTRE).

Du 6 juillet 1945 au 5 novembre 1946, il est responsable de l’organisation des espagnols d’Orléans et du Loiret. Adresse : 6 rue de l’Université à Orléans. A noter que, durant l’Occupation, cette même adresse était également celle de Raphaël SANTARER ou SAUTARER, résistant espagnol arrêté en juin 1942.

Le 6 novembre 1946, départ pour Paris.

Le 17 novembre 1946, il assume de nouvelles responsabilités au sein du Syndicat espagnol UGT de la Seine et de la Seine et Oise. 

En mai 1947, abandon de ses fonctions syndicales.

Durant l’exil, il fut l’un des adjoints de Santiago ALVAREZ, membre du Bureau Politique du PCE. Il réalisa de nombreuses missions clandestines en Espagne, sous la dictature de Franco, sans jamais être arrêté.

Sur le plan professionnel, il travailla comme ouvrier tourneur dans diverses entreprises de la Région parisienne. Militant CGT, il fut embauché, en 1968, à la FNAC, où il restera jusqu’à sa retraite.

Au début des années 70, il fut exclu du PCE directement par Santiago CARRILLO, secrétaire général.

Il est décédé le 14 janvier 1995 aux Lilas (Seine St Denis). Ses cendres reposent dans le cimetière municipal de son village natal, El Grove.