A LA BASE SOUS-MARINE DE BREST :

le témoignage d'un républicain espagnol

 A LA BASE SOUS-MARINE DE BREST

Ceci se passait au mois de septembre de l'année 1943. Le rassemblement avec les autres compagnies de travailleurs eut lieu à la gare de Lyon. Nous étions en tout un millier de soldats, quatre compagnies de 250 hommes chacune, tous de nationalité espagnole. Nous étions réunis dans la salle d'attente de la gare. Où allions-nous ? C'était la question qui trottait dans nos têtes, et personne ne savait la réponse. Pour nous surveiller, il y avait autant de miliciens que de prisonniers, c'est-à-dire qu'on nous considérait comme des hommes, au contraire de ce qui nous était arrivé auparavant.

Puis, l'heure du départ arriva. On nous fit monter dans des trains de voyageurs qui disposaient de moins de sièges que de personnes. De ce fait, la majeure partie des soldats se coucha dans les couloirs et essaya de s'endormir. De toute façon, en comparaison avec d'autres voyages que nous avions faits, on peut dire que cette fois encore, tout se passa plus ou moins bien.

Le train roulait très lentement, s'arrêtant souvent sur les voies de garage des gares afin de laisser passer les autres convois. Durant ces arrêts, nous étions tous tentés de nous enfuir, mais les miliciens étaient sur le qui-vive. Ils en rattrapèrent certains qui prenaient la poudre d'escampette et aussitôt, les dirigèrent vers l'Allemagne, et nous n'eûmes plus jamais de nouvelles. Généralement, la tentative d'évasion se faisait au moment d'aller boire, et malgré la vigilance des gardiens, certains y arrivaient. Une fois libres, ils prenaient leurs jambes à leur cou en direction du bois ou du village. S'ils avaient la chance de réussir, tant mieux, sinon, comme je l'ai dit, direction l'Allemagne.

Nous trouvions souvent dans les gares des infirmières françaises qui nous servaient, toujours en cachette, des boissons chaudes et quelque chose à manger.

Après six jours de voyage, nous arrivâmes à la nuit noire, au lieu de notre destination : Brest. Je me souviens qu'il pleuvait quand nous descendîmes du train et nous dûmes attendre à la gare même, les camions qui devaient nous transporter vers une destination inconnue. Bientôt, nous sûmes laquelle.

Les camions arrivent, nous montons et ils se dirigent vers la ville dans l'obscurité totale, en raison des impératifs de la défense passive. Au bout de quelques instants, nous entrons dans notre résidence, le fort de St Pierre de Quilbignon situé à quatre kilomètres environ de Brest et relié à la ville par un réseau de trams.

A l'entrée du fort, il y avait un pont-levis et une cour dans laquelle se dressaient nos baraques équipées de lits superposés séparés par un couloir central. Il fallait donc se contenter d'une litière, d'un matelas de paille et de peu d'espoir d'en échapper, le fort étant entouré d'une clôture de fil de fer et la surveillance intensive. Nous eûmes tout de suite un aperçu de la nourriture qui nous serait servie : le premier repas se composait de quatre pommes de terre non pelées, mais tout de même bouillies.

Après deux jours de repos, on nous conduisit au travail à la base sous-marine. Il fallait pour y aller, traverser le centre du village de St Pierre de Quilbignon, qui une fois connu et reconnu, permit à beaucoup de mes camarades de s'évader. Deux entreprises très importantes se trouvaient dans la base en question : la firme Berger et la Flokersky, cette dernière dirigée personnellement par la propriétaire. La répartition se fit de la manière suivante : 50 personnes demeurèrent à la Flokersky, le reste alla travailler à la Berger.

Les équipes de travail comptaient 25 personnes sous la surveillance d'un chef allemand. Pour pouvoir souper chaque soir aux cantines du camp, notre carte devait être signée par le chef allemand. Les Espagnols démontrèrent qu'ils étaient ingénieux dans tout ce qu'ils faisaient, car au bout de quelques jours, de nombreuses cartes étaient signées et curieusement falsifiées.

Quand les Allemands apprirent que j'avais exercé le métier de dessinateur, ils me firent travailler au bureau de l'entreprise Berger. Pensez que sur 1.500 Espagnols, j'étais le seul à maîtriser cette fonction. La situation privilégiée dont bénéficiaient les dessinateurs, me permit avec l'aide de deux amis et du facteur, de faciliter l'évasion de plusieurs camarades.

La journée de travail commençait à quatre heures du matin ; auparavant, nous buvions une tasse de café. On nous appelait ensuite à haute voix afin que nous accourions devant les baraques et on nous groupait par rangées de quatre ; au bout de quelques instants, nous partions vers la Base, à l'exception des malades qui avaient la permission de rester au camp. Pendant le trajet, beaucoup essayaient de fuir au péril de leur vie et de chercher refuge aux environs de Brest que les francs-tireurs avec lesquels nous étions en contact, préparaient. Pour réussir les évasions, nous utilisions un système qui devait en général donner de bons résultats, à condition d'adopter les mesures suivantes :

1 °) Faire sortir du camp tous les bagages de celui qui voulait s'évader ce qui était possible avec l'aide de beaucoup de jeunes Français des environs,

2°) Une fois que le maximum de leurs biens était sorti du camp, tous ceux qui désiraient s'évader devaient mettre sur eux le plus possible de vêtements : deux chemises, deux jersey par exemple et quand nous revenions de nuit avec la colonne, nous les glissions tout tranquillement au milieu des rangées de quatre. Il faut noter que les Allemands surveillaient la colonne en plaçant un gardien tous les cinq pas, ce qui augmentait les difficultés de nos tentatives de fuite,

3°) L'action principale avait lieu à l'entrée du village de St Pierre de Quilbignon ; nous organisions alors un petit vacarme qui obligeait un groupe de gardiens à venir voir ce qui se passait. C'était le moment que les camarades qui voulaient s'échapper mettaient à profit pour sortir du milieu des rangées et pénétrer rapidement dans n'importe quel escalier du village. Ils entraient aussitôt en contact avec les francs -tireurs qui, avec la complicité des cheminots, sympathisants ou faisant partie de leur mouvement, les aidaient à s'enfuir par le premier train sortant de Brest. Grâce à ce système, des douzaines et des douzaines de camarades de toutes les nationalités, purent s'évader de Brest.

Pendant ce temps, ceux qui travaillaient à la Base continuaient leur besogne routinière : nous commencions le travail de sept heures du matin à une heure de l'après-midi, heure de la soupe "Todd" faite simplement de pain, parfois même pourri, ce qui donnait de terribles diarrhées. Il faut dire que tout le pain qu'on nous donnait portait une date et nous savions, par expérience, que quand il avait plus d'un mois, il valait mieux le jeter si on ne voulait pas s'exposer à n'importe quelle maladie. Je pense, et j'en suis certain, que le pain contenait une dose importante de fécule de patate. Nous reprenions le travail à deux heures de l'après-midi, ce qui veut dire que nous avions une heure pour dîner et nous reposer. Afin d'obtenir double dose de nourriture, nous utilisions le système D ; parfois les Allemands s'en rendaient compte et nous confisquaient le ticket. Cela signifiait rester toute la journée sans manger. Alors les camarades Français qui travaillaient à la section d'émission des tickets, nous en donnaient un autre et nous n'étions ainsi privés de rien. Les Allemands ne purent jamais faire un contrôle sérieux des tickets qui étaient utilisés.

Laissons de côté pour l'instant ces anecdotes et reprenons notre récit. Comme je l'ai déjà signalé, je fus affecté au bureau des dessinateurs, sous les ordres directs d'un très jeune ingénieur allemand nommé Polzof, qui avait l'air inexpérimenté. Il affichait une attitude anti-nazie, à la fois habile et résolue, ce qui lui valut beaucoup de problèmes bien qu'il fût le troisième ingénieur en grade de la Base. Il aimait fréquemment dire qu'il luttait seulement pour défendre son pays : l'Allemagne. A mes côtés, travaillait un ingénieur français nommé Jardin dont le comportement me laissait à penser qu'il était membre du Service Secret Français, ce que je pus vérifier à la longue. Nous étions très amis. Parfois il me disait ; "Henri, je m'en vais, je reviendrai après- demain ; arrange-toi pour faire une partie du travail qui me revient.". Il disparaissait alors et revenait toujours exactement le jour convenu. Il ne fût jamais découvert, grâce à ma complicité et il faut bien le dire, à celle de Polzof qui fit toujours l'innocent.

La Base sous-marine de Brest était dirigée par un ingénieur nommé Starke, assisté du second ingénieur de la Base, Herlin, considéré comme le dandy le plus célèbre de toute la ville. En ce qui concerne les entreprises extérieures, nous devons distinguer la Klokersky, dirigée comme je l'ai déjà mentionné, par Madame Klokersky, épouse du patron. Celle-ci était aidée par une jeune fille appelée llly Ganska qui, me semble-t-il, n'avait pas vingt cinq ans. La majorité des bureaux étaient commandés par des ingénieurs français. Je travaillai quelques temps avec un architecte polonais qui, chaque fois que nous devions faire une travail ensemble, me disait dans un français très correct : "Henri, doucement, fais-le durer à notre façon". Nous étions nombreux ceux qui pratiquions ce sabotage systématique dont l'objectif principal était de retarder la construction du Mur de l'Atlantique. Ainsi, les Allemands devaient non seulement faire face à la résistance extérieure mais aussi à la résistance intérieure.

Au début, les différents services de la Base étaient dispersés aussi les Allemands soucieux d'en améliorer l'efficacité, décidèrent d'édifier une bâtisse unique. De cette manière, tous les services tant administratifs que techniques seraient regroupés. L'édifice comprenait deux étages en ciment armé avec un solide abri en cas d'alerte. A l'entrée de cet édifice, se tenaient les bureaux de la firme Flokersky et de la secrétaire, Mademoiselle Ganska ; au premier étage, les bureaux du personnel suivaient avec les salles destinées à la confection des plans de la Base de la firme Berger. Au fond et à droite, se tenait le bureau du chef de la Base, des ingénieurs en chef et de leurs secrétaires. Le plus haut responsable de la Base, Herr Starke avait une très jolie secrétaire qui ne parlait pas un mot de français et qui toisait les Espagnols comme s'il s'agissait de gens appartenant à une race inférieure. Dans un coin du premier étage, il y avait une chambre de deux mètres carrés et demie, construite à l'épreuve du feu avec des murs très épais, où l'on rangeait tous les plans se référant aux travaux de construction expédiés depuis la Base.

Cette chambre me rappelle de biens mauvais souvenirs, car par la faute du lithuanien qui en avait la responsabilité, je faillis perdre la vie. Cet homme était chargé d'ouvrir et de fermer la porte quand on devait voir ou emprunter un plan qui s'y trouvait. Un jour, l'ingénieur Polzof voulut voir un plan rangé dans la fameuse chambre. Il me dit d'aller le chercher. Comme convenu, je m'adressai au gardien afin qu'il m'ouvre la porte. Il ouvrit le temps suffisant pour saisir le plan mais, je ne sais pourquoi, il perdit l'esprit et soudain, m'y enferma. Au bout d'un moment, il se souvint de moi et vint à toute vitesse me délivrer de ma fâcheuse posture ; je commençai déjà à avoir des difficultés à respirer dans cet abri si réduit. Une sérieuse réprimande de l'ingénieur Polzof et les excuses du portier furent suffisantes pour clore cet incident qui-aurait sûrement pu m'envoyer au-royaume des ombres.

 A propos de la base, il faut dire qu'elle accueillait une vingtaine de sous-marins allemands, en plus d'un sous-marin japonais venu en visite de courtoisie et qui fut obligé de demeurer à Brest. Il faut dire que le commandant japonais, petit et mal habillé, faisait triste mine à côté des commandants des sous- marins allemands qui étaient habillés comme des dandys, portant le poignard doré comme signe de leur grade.

Il est vrai que certains de ces commandants ne brillaient pas par leur bonne éducation. La preuve en est ce qui m'est arrivé une fois avec l'un d'eux. Quand il était l'heure de manger, je devais aller chercher la soupe "Todd", et revenir rapidement à ma place, afin que l'ingénieur Polzof aille prendre ses repas à la salle à manger des officiers allemands. Pendant ce temps, le bureau ne pouvait pas rester sans surveillance. Polzof avait confiance en moi et, comme je l'ai dit plus haut, nos relations étaient bonnes malgré notre lutte pour des idéaux sûrement opposés. Il venait tout juste de sortir quand un commandant de sous-marin se présenta. Me voyant seul, il s'arrêta à la porte du bureau et, d'un air méprisant, me salua à la manière Hitlérienne :

-   Heil Hitler

Je lui répondis simplement :

-   Bonjour Monsieur, que désirez-vous ?

- Je suis commandant d'un sous-marin et j'ai besoin de papiers pour faire des plans.

- L'ingénieur en chef de ce bureau, lui répondis-je, m'a défendu de donner quoi que ce soit de ce qui se trouve ici, sans son autorisation. Je vous prie de l'attendre parce qu'il est en train de manger et il ne devrait guère tarder.

Devant mon attitude, il me dit que je n'avais qu'à lui remettre ce qu'il me demandait et que j'avais l'obligation d'obéir sans discuter ses ordres.

- Je comprends bien, mais je ne peux rien vous remettre de ce que vous me demandez, lui répondis-je à nouveau.

-  Je vous ferai interner au Fort.

-  Comme vous voudrez.

A ce moment de la discussion, l'ingénieur Polzof arriva. Après avoir pris connaissance de l'incident, il échangea des paroles désagréables avec le commandant qui, évidemment, n'eut plus qu'à quitter les lieux sans pour cela obtenir ce qu'il désirait. Polzof m'expliqua alors qu'il ne pouvait pas voir les commandants de sous-marins car ils tiraient toujours vanité du fait que sans eux, l'Allemagne ne pouvait gagner la guerre. Ainsi finit cette désagréable affaire. - - -

A TRAVERS LES MAILLES

Faisons un retour en arrière. J'ai déjà dit que lorsque nous arrivâmes au Fort de Saint-Pierre de Quilbignon, le lieutenant Serra et tous les surveillants qui avaient séjournes à l'hébergement de Varey et de Torcieu, se trouvaient avec nous. Ils pensaient que rien n'avait changé et qu'ils pourraient se comporter comme avant, c'est-à-dire qu'ils pourraient commander et faire comme bon leur semble, mais au bout de quelques jours, ils se rendirent compte que les allemands ne reconnaissaient plus leurs fonctions et avaient à leur égard les mêmes considérations que pour les autres prisonniers. A partir de ce moment là, les allemands nous prirent directement sous leurs ordres.

Tous ceux qui avaient passé trois mois aux fossés du Fort montèrent à la surface, concrètement au premier étage. Alors, on sépara les espagnols des gens d'autres nationalités, entendu que les premiers étaient les plus nombreux. Il faut dire que la base était une véritable tour de Babel où une incroyable diversité de langues se mêlait.

Avant de se coucher, il fallait organiser une véritable chasse aux puces et écraser plusieurs centaines d'insectes qui se trouvaient sous les couvertures. Quand le soleil brillait, nous étendions les couvertures à terre afin que la chaleur les fasse sortir et de cette manière, nous les éliminions tranquillement.

Le mode de vie ne variait jamais au camp. A quatre heures du matin café, à une heure de l'après-midi la soupe Todd et à sept heures on nous rassemblait par rang de quatre afin de nous compter. En général, le nombre du matin et le nombre du soir ne correspondait jamais, car beaucoup de personnes s'échappaient durant la journée, parfois de la Base même. A sept heures du soir on nous servait le café et c'était en général le repas le plus substantiel : pâtes, lentilles, saucisses, un peu de beurre et de marmelade et un morceau de pain daté. A onze heures du soir, tout le monde était au lit.

L'horaire changeait un peu les dimanches seulement car nous terminions le travail à trois heures de l'après-midi. Nous pouvions ensuite laver le linge dans un lavoir uniquement réservé à cet usage car les Allemands étaient très exigeants pour tout ce qui avait trait à la propreté corporelle et vestimentaire. Cependant, même si nous n'avions pas encore mis au point un réel système d'évasion, cette idée ne cessait de tourner dans notre tête. A la longue, on finit par en mettre un au point qui'donna du fil à retordre a la Gestapo ; j'ai déjà décrit ce système et j'ajouterai simplement que grâce à lui, cinq cents Espagnols purent quitter la Base, parmi lesquels se trouvait mon frère.

En ce qui me concerne, je ne me suis pas évadé pour les raisons suivantes : beaucoup d'espions à la solde des Allemands, surtout des Arméniens, toujours prêts à nous dénoncer, se trouvaient à la Base. En échange de leur sale besogne, ils jouissaient de quelques avantages matériels. Une fois, ils me dénoncèrent et me firent prisonnier de la façon suivante : j'arrivais un après-midi au camp avec la colonne et je venais, comme d'habitude, d'échanger des cigarettes contre du pain blanc, car on ne pouvait en obtenir avec les tickets de rationnement. Par contre, avec de l'argent en main et en déposant vingt cinq anciens francs sur le comptoir de la boulangerie, on vous en donnait autant que vous le vouliez.

Il faut noter que les Allemands étaient favorables à ce marché noir qui leur permettait d'envoyer des marchandises en Allemagne où on souffrait de la faim comme partout ailleurs. Au moment où, comme de coutume, je rentrais au Fort avec deux pains sous le bras, un vieil homme me montra du doigt en criant : c'est lui ! Immédiatement, la Gestapo me saisit avec vigueur et me soumit à une série d'interminables interrogatoires. On m'accusait d'être le principal responsable du réseau interne qui organisait les évasions des Espagnols comme des Russes.

Je finis par comprendre qu'ils faisaient référence à une récente évasion à laquelle j'étais étranger étant donné que le jour où elle s'était produite, je me trouvais au bureau des dessinateurs. Ma chance fut complète quand l'ingénieur Polzof confirma que le jour de la fuite, je travaillais effectivement avec lui

Ce faisant, il me sauva la vie car les Allemands étaient particulièrement expéditifs pour tout ce qui concernait les évasions. Cette mésaventure renforça notre vigilance afin de découvrir les espions qui se trouvaient au camp en même temps que nous. Quelques uns payèrent leurs délations, d'autres non. Ils étaient partout, à la Base comme au Fort.

Dans le Fort se trouvait sûrement un individu dont je ne pus jamais connaître le nom ni la nationalité. Il parlait castillan aussi bien que nous et en plus le français et l'allemand presque sans accent. Il avait l'habitude de se promener dans les baraques en disant tout le temps "Alemania kapput" (Allemagne perdue) tout en saluant le poing fermé à hauteur du front comme les Républicains. Nous finîmes par nous méfier de lui car après chacune de ses visites répétées, certains de nos camarades disparaissaient et nous n'en savions plus rien. Nous avons mis trop de temps à comprendre qu'il était un espion allemand, une sorte de provocateur, mais comme vous pouvez le penser, il finit très mal.

A cette occasion, je voudrais citer les noms des camarades qui risquèrent leur vie pour sauver celle d'autrui, bien que parfois, certains nous aient accusé de collaboration, sans pouvoir soupçonner la tâche de rassemblement d'informations que nous menions à bien. Je mentionne ici leurs noms, sans savoir s'ils sont encore vivants. Il me reste simplement à ajouter que pour le courage, l'esprit de sacrifice qu'ils mirent toujours au service de tous les camarades et surtout pour avoir supporté stoïquement les accusations de ceux qui mettaient en doute leur loyauté et leur patriotisme, ils méritent toute notre admiration.

GOMEZ, avocat, parlait très bien l'allemand et travaillait au bureau du commandant du Camp.

GARRIGA, comptable, parlait lui aussi l'allemand et travaillait au même bureau que Gomez.

SANCHEZ, facteur de la compagnie, était chargé de prendre le courrier à St Pierre de Quilbignon et avait l'ordre de faire disparaître toutes les lettres adressées aux camarades évadés. Il faut en outre ajouter que Gomez tout comme Garriga, nous prévenaient quand les Allemands recherchaient certains évadés ; Imaginez que de septembre 1 943 à fin mai 1 944, nous aidâmes beaucoup de personnes à s'évader et nous n'avons jamais été découverts par les Allemands.

ANECDOTES SUR LA BASE

La nourriture, naturellement, constituait une de nos principales préoccupations. Aussi, nous avions étudié un système pour nous permettre d'augmenter la dose des rations tout en trompant la vigilance des Allemands-.

Compte-tenu du fait que le corps de surveillance du Fort n'était pas trop important, il nous était possible de nous évader facilement. Les problèmes venaient ensuite quand l'évadé devait se nourrir. Pour que les Allemands ne puissent pas noter, du moins avec exactitude, l'absence des fuyards, il était nécessaire de combler les vides, ce que nous faisions avec les personnes de Brest. Ces derniers venaient avec plaisir, car de la sorte, leur nourriture était assurée, ce qui était une raison guère méprisable en ces temps de restriction.

Les Allemands constatèrent à diverses reprises que bien qu'il n'y ait seulement que 4450 personnes à travailler à la Base, il s'en présentait 600 à 70O à la cuisine avec la carte d'alimentation correspondante. Comment reconnaître les fausses cartes des vraies ? Les cris de colère des chefs de la Base et du Fort s'entendaient alors de très loin. Finalement, les cuisiniers donnèrent des rations à tout le monde sans tenir compte des cartes de travail. De ce fait, il n'y eut plus de problème de cartes falsifiées ou pas.

Je rappelle que le dimanche, nous finissions le travail à trois heures de l'après-midi environ. Généralement, après avoir lavé le linge, nous jouions aux cartes pour passer le temps. Mais ce passe-temps devint très vite difficile car les Allemands trouvèrent le moyen de s'approprier notre argent sans risque de le perdre. Ils se promenaient en effet, les dimanches après-midi dans le Camp et confisquaient les cartes et toutes sortes de jeux qui s'y trouvaient ; pour les racheter, il fallait verser un mark. Une façon comme une autre de gagner de l'argent.

Nous avions imaginé un moyen de sortir afin de pouvoir aller la nuit au cinéma. En effet, même si les Allemands nous en donnaient l'autorisation, il fallait par contre leur verser de l'argent pour sortir et également pour rentrer au camp. Pour éviter cet espèce d'impôt, nous passions par-dessous les clôtures de fil de fer ; nous pouvions ainsi sortir et entrer quand nous le voulions sans avoir besoin de faire aucune dépense. J'ai vu beaucoup de personnes payer pour pouvoir sortir du camp, mais jamais pour y entrer !

Pour conclure ce chapelet d'anecdotes, je veux encore en citer une :les Allemands nous avaient formellement interdit d'avoir des relations quelconques avec les jeunes filles employées à la Base. Celui qui passait outre cet interdit, prenait le risque de perdre la vie, car les Allemands étaient convaincus que toutes les races leur étaient inférieures. Par contre, les chefs Allemands se faisaient conduire l'immense majorité des concubines de France ; le Commandant du Fort changeait de petite amie comme de chemise et ce, jusqu'à ce qu'il tombe entre les mains d'une Française qui le mena par le bout du nez. Cela lui ôta l'envie de se compromettre avec les races inférieures.

TRAVAIL DE SABOTAGE

A la base sous-marine, à cause des nombreux sabotages et du manque de volonté que l'on mettait, le travail avançait à .un rythme très lent. De plus, à diverses reprises, la nuit, toute la Base demeurait dans l'obscurité à la suite du passage des avions alliés qui allaient bombarder l'Allemagne.

Au Fort, les allemands avaient installé derrière les baraques des canons anti-aériens et des pièces d'artillerie qui tiraient à grande distance. Chaque tir d'obus faisait un bruit assourdissant et tout ce qui était dans les baraques tombait à terre. On profitait alors de ce moment pour sortir de la baraque et commettre quelque destruction. De toute manière, il fallait le faire avec beaucoup de calme et de sang froid, car en matière de sabotage, c'était la fusillade immédiate.

Normalement la Base était toujours illuminée et malgré cela, elle ne fut jamais bombardée car les Alliés savaient que tous ceux qui y travaillaient le faisaient par force. Il en fût ainsi du moins pendant le séjour que j'y fis ; ceux qui y avaient vécu auparavant, disaient qu'elle n'avait été bombardé qu'une seule fois par deux croiseurs qui réussirent malgré tout à s'enfuir. Cependant les Allemands n'avaient aucune confiance et chaque fois qu'ils entendaient passer des avions ennemis, ils éteignaient toutes les lumières de la base et nous accordaient cinq minutes pour nous diriger vers le refuge qui nous était destiné. Passé ce temps, les gardes de la Base tiraient à vue.

Ces moments d'obscurité et de désordre étaient mis à profit par plusieurs d'entre nous pour endommager les bras des grues, essayer de jeter les perforatrices dans la mer, obstruer les canalisations avec des sacs pleins de ciment, etc...Il fallait toujours agir avec précaution car tout saboteur pris sur le fait était fusillé sur le champ. Beaucoup d'amis perdirent leur vie dans la lutte pour la liberté.

L'approvisionnement de la base se taisait surtout au moyen de bateaux de transport qui arrivaient toujours en longeant la côte afin d'éviter d'être coulés. Quand ils s'enhardissaient à naviguer en haute mer, ils étaient aussitôt attaqués par les rapides navires britanniques qui les torpillaient en un clin d’œil. D'autre part, pour illustrer avec plus de précision les problèmes auxquels étaient confrontés les Allemands, il faut mettre l'accent sur le rôle prépondérant que jouèrent les maquisards, en particulier ceux de la zone de l'Ain qui constituèrent à la longue, un des noyaux de résistance les plus importants de France. Les francs-tireurs étaient devenus si hardis qu'une fois ils réussirent à s'emparer d'un chargement de ciment destiné à la Base. Les camions qui le transportaient furent vidés par les maquisards et les sacs de ciment répartis dans tous les villages environnants ; cela nous permit d'arrêter le travail de la Base durant deux jours, par manque de matériel. Durant ces deux jours, les Allemands, complètement désorientés, cherchèrent les sacs de ciment dans toute la région, sans espoir de succès bien entendu.

Cet état de fait rendait les rues de Brest de moins en moins sûres, surtout la nuit. Une fois, en sortant du cinéma, nous nous trouvâmes au milieu d'une fusillade entre les maquisards de Brest et les Allemands ; toute la rue fut jonchée de corps sans vie. De tels événements se produisaient presque-tous les jours. De leur côté, les allemands devaient chercher les moyens de contrer les actions de la Résistance et les bombardements par les Alliés, spécialement des trains qui sortaient de la gare de Brest ; Grâce aux informations transmises par les réseaux de renseignement, les Alliés étaient toujours tenus au courant du moment opportun pour attaquer. C'est pour cette raison que lorsque les Allemands voulaient transporter du matériel, ils n'accrochaient les wagons au train qu'au dernier moment. C'était le seul moyen pour éviter que les maquisards aient le temps d'informer leurs agents secrets. Cette mesure nous rassura car on épargnait ainsi la mort de nombreuses personnes innocentes.

Un de nos meilleurs rendez-vous était un petit restaurant de Brest, tenu par un Majorquin. Il est vrai qu'il cuisinait très bien pour un prix très bas. Là, bon nombre d'entre nous faisaient partie de la Base ; je pense surtout à un ménage hollandais et à une jeune fille originaire de Paris avec qui nous fîmes plusieurs fois le chemin ensemble.

De toute manière, la plus grande partie des Allemands de la Base étaient préoccupés par les revers de la guerre, surtout ceux des batailles du front de l'Est où ils étaient mis en déroute à chaque instant. Ils craignaient tous d'être appelés pour le front de Russie afin de combler les vides que le combat produisait. Lorsque cela arrivait, ils envoyaient à la Base, pour les remplacer, des personnes à moitié invalides ou qui souffraient de quelque maladie qui les rendaient inaptes au combat. Dans cet ordre d'idée, je me souviens d'un ingénieur qui souffrait du cœur et que nous devions porter, en courant, au refuge à chaque alerte car l'éclat des bombes aurait pu lui provoquer une syncope.

LE FORT DE ST PIERRE DE QUILBIGNON

Ce fort impressionnant était situé au sommet d'un mont, entouré de nids de mitrailleuses lourdes et d'un canon anti-tank qui interdisait de leur tir toutes les routes qui conduisaient aux différents villages des alentours, ainsi naturellement que la route menant au Fort. En outre, il y avait des pièges de toutes sortes. Les plans réalisés par l'ingénieur Polzof sous les yeux, je pus suivre, depuis le bureau des dessinateurs, toute l'installation des appareils destinés à empêcher un éventuel débarquement des troupes transportées par barques rapides. Des appareils installés, dépassaient des colonnettes cachées dans le sable de la plage avec une charge explosive si sensible, qu'elle éclatait au plus léger contact ou ébranlement. Comme je l'ai indiqué, des batteries à longue portée étaient installées derrière le Fort.

Pour calmer les nombreux affrontements entre les diverses nationalités qui vivaient à l'intérieur du camp, les Allemands se virent dans l'obligation de les séparer. Il faut tenir compte du fait que nous devions être au total dix mille environ et de croyances très opposés ; en tant qu'Espagnols, nous étions les plus nombreux et de ce fait, nous eûmes droit aux baraques qui se trouvaient en haut du Fort. Pour nous distraire et passer le temps, nous avions à notre disposition deux tables de ping-pong que l'ingénieur Polzof avait dessinées et fabriquées à la menuiserie de la Base. Il y avait également une bibliothèque avec de nombreux livres écrits en Castillan, de telle sorte que nous pouvions alterner la lecture et le sport.

A LA RECHERCHE DE VIVRES

Plus le temps passait et plus il était difficile de trouver de la nourriture. De toutes les nationalités présentes, les Algériens étaient les plus adroits pour trouver des victuailles. De notre côté, nous comptions sur un jeune homme qui allait souvent à Brest et qui achetait là-bas tout ce qu'il pouvait ; c'était le seul moyen de varier un peu l'insipide cuisine de la Base.

J'eus l'occasion de connaître un Algérien qui agissait de la manière suivante : muni d'un sauf-conduit, il attendait la tombée de la nuit et prenait alors le train pour Paris ; une fois à destination, il s'ingéniait à trouver quelques kilos de sel. Cela peut prêter à sourire, mais sachez qu'à Brest, on manquait de sel pour saler la viande de porc très abondante dans cette ville, à tel point qu'il se vendait à un prix très élevé dans les fermes des environs. Quand l'Algérien revenait de Paris avec le sel, il se rendait dans n'importe quelle ferme connue et échangeait le sel qu'il apportait contre un porc. Durant la nuit, il le découpait en morceaux et en faisait des petits paquets de un kilo et au matin, il reprenait le train pour Paris où il vendait la viande de porc à des prix très élevés. Tout ce négoce lui permit d'acquérir une petite fortune, de nourrir son groupe ainsi que l'Allemand qui en était responsable. Tout le monde trouva son compte dans ce commerce quelque peu compliqué.

Tous ceux qui s'affairaient comme cet Algérien, étaient bien protégés par les officiers Allemands car ils retiraient une partie du bénéfice. Ils pouvaient ainsi envoyer à leurs familles en Allemagne, des marchandises qu'il était impossible de trouver normalement. En ce qui nous concerne, l'unique recette était le salaire de la Base qui variait entre 8 et 9,30 francs de l'heure. C'était peu, mais cela nous permettait d'aller de temps en temps à un restaurant situé près de la Base, qui était moins cher que celui de Brest. Nous nous y retrouvâmes plusieurs fois, les quatre mousquetaires que nous étions, Gomez, Sanchez, Garriga et moi ; là, loin des oreilles indiscrètes, nous parlions toujours des actions qu'il fallait entreprendre.

UNE FETE TRES REUSSIE

Comme vous l'imaginez, les Allemands se préoccupèrent aussi de tout ce qui intéressait les rapports sexuels. Ils avaient en effet besoin de travailleurs et ne souhaitaient pas du tout d'absences consécutives à des maladies vénériennes. C'est pour cette raison qu'ils installèrent des maisons de tolérance pour contrôler tout le monde et éviter ainsi, sous prétexte d'appétit sexuel, quelque action répréhensible. Les maisons étaient réparties en trois catégories : celle des Espagnols, celle des Français et celle des autres nationalités, l'entrée de ces maisons était complètement libre, mais il fallait accomplir une formalité : avant d'avoir un rapport sexuel avec une femme, celle-ci remettait un numéro d'ordre. Si après plusieurs jours, le travailleur était malade, on savait grâce au numéro, quelle était la femme qui avait eu des relations avec lui. Parfois on les accusait de sabotage et cela se terminait très mal.

Par contre, les Allemands ne tenaient aucun compte de cette réglementation ; ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient, vu qu'ils se considéraient comme une race à part dotée de tous les droits. Ils prétendaient qu'ils avaient le droit de se divertir afin de mieux travailler et d'avoir un meilleur rendement. Connaissant leur envie de se distraire, nous organisâmes une fête à leur intention ; au début, bon nombre de nos camarades se défièrent de nous, nous accusant de collaborer. C'était le prix que nous payions pour obtenir des informations qui profitaient à tout le monde.

Nous fixâmes rapidement la date, les invitations à envoyer, et en même temps les contacts avec les chefs de la Base : Starke, Herking, Bolten, afin qu'ils nous accordent la permission. Nous invitâmes tous les chefs de la Base, même les chefs de travaux, les uns avec leur femme légitime, les autres avec celle d'un jour. Le plus difficile fut de rassembler la nourriture : tout le monde nous remit une ration de pain, denrée qui manquait le plus ; nous réussîmes à obtenir des entreprises Berger et Floreski, l'attribution d'une petite quantité d'argent pour chaque travailleur des différentes équipes. Ainsi nous récoltâmes environ 25.000 francs anciens, Conjointement, avec le délégué des Algériens du camp, un jeune homme très décidé, nous fîmes une visite à l'intendance pour qu'elle nous livre de la bière et du vin. Grâce à l'épouse d'un chef de service, nous eûmes satisfaction.

Il ne restait plus seulement qu'à trouver du porc pour manger. L'Algérien en question s'en chargea et nous l'aidâmes en faisant les casse-croûtes. Pour rendre les Allemands plus gais, nous avions préparé des petits bouquets à l'intention de leurs épouses ; au moment de leur entrée dans la salle des fêtes, nous les avons distribué à profusion. Pour que la fête fût complète, Monsieur Starke avait fait venir spécialement d'Espagne, une compagnie de danseurs et de chanteurs qui fut payée par tous les soldats de la Base. La fête eût un très grand succès et dura jusqu'aux premières lueurs de l'aube. Les chefs Allemands étaient pleinement satisfaits et euphoriques. Le lendemain, ils firent triste mine quand ils constatèrent que, profitant du penchant pour la boisson des hommes de garde, une trentaine de travailleurs s'étaient enfuis durant la nuit.

L'INNOVATION DES PERMISSIONS

Comme je viens de l'expliquer, la fête ne s'acheva pas au goût de tout le monde. Les Allemands étaient très en colère, et de bon matin, le chef de la Base, Herr Starke, me fit appeler à son bureau pour me signaler que tous les Espagnols, sans exception, resteraient enfermés au Fort.

Malgré toutes leurs menaces, ils nous laissèrent sortir au bout de peu de temps, car ils avaient certainement besoin de nous pour travailler. Curieusement, les Allemands me donnèrent une preuve de confiance en acceptant la proposition que je leur fis : cela consistait à laisser les Espagnols partir voir leur famille, car pour la majorité, elle se trouvait installée en France. Après une longue discussion, ils accordèrent les premières permissions aux mariés, étant entendu que les célibataires en profiteraient à leur tour. Ils me chargèrent d'établir une première liste composée de quinze hommes mariés sur laquelle, naturellement, je m'inscrivis. Au retour, au bout de huit jours de permission, il manquait quatre hommes qui avaient profité de l'aubaine pour s'évader. A nouveau, le Commandant de la Base me fit des reproches véhéments.

Me faisant, de façon incompréhensible, une nouvelle fois confiance, les Allemands me laissèrent organiser un nouveau départ. Cette fois, je pris la précaution de réunir les quinze permissionnaires et insistait sur leur devoir de revenir, au moins par solidarité pour les camarades qui attendaient leur tour. Les Allemands avaient insisté sur le fait que si cette fois, ils ne revenaient pas tous, les permissions seraient supprimées : heureusement, personne ne manquait à la date du retour. Vu le succès de cette seconde fournée, les Allemands continuèrent à donner des permissions ; mais voilà que du troisième groupe, seuls ne revinrent que trois hommes. Cette fois, la réprimande de Herr Starke fut si monumentale et menaçante que j'ai pensé un moment, devoir être fusillé. Ils interdirent finalement toute sortie et m'enfermèrent dans une cellule du fort.

Ils me remirent en liberté au bout de quelques temps. Entêté comme je le suis, je demandai à nouveau à parler à Herr Starke car j'avais une proposition très intéressante à lui faire. Cela consistait à reprendre les permissions avec toutefois une particularité : ceux qui partiraient devraient laisser tout ce qui leur appartenait dans une chambre du Fort et recevoir leur permission avec simplement les vêtements qu'ils portaient. Le bon cœur de Herr Starke fit en sorte que ma proposition soit acceptée par les autres chefs allemands. Des groupes suivants il ne manqua jamais personne le jour du retour ; mais avec une particularité dont les Allemands ne se rendirent compte que beaucoup plus tard : les hommes qui entraient n'étaient pas les mêmes que ceux qui étaient sortis parce qu'ils avaient été remplacés par des Espagnols résidant à Brest qui, en plus de la certitude d'être nourris, trouvaient également ainsi un petit salaire.

Quand les Allemands découvrirent la ruse, ils prirent une mesure qui nous étonna : ils se limitèrent seulement à supprimer les permissions. Une fois de plus, ils avaient compris qu'ils luttaient contre des gens prêts à faire appel à tous les moyens pour obtenir la liberté.

 

Retour à la page d'accueil